Concours – Aurillac 2013

  • Posted on: 15/04/2013
  • By:

Pour l’édition 2013 du Festival de Théâtre de Rue d’Aurillac, l’association Eclat a passé un appel d’offre pour la réalisation de son affiche. L’association proposait de travailler sur trois thèmes différents :

Thème 1

La crise se poursuit, les emplois manquent, et pourtant l’art et la culture ne sont toujours pas considérés comme des facteurs de développement humain et économique. Il nous faut donc donner l’exemple, faire la preuve que l’art est partout dans nos espaces urbains et ruraux ! Il s’infiltre dans nos interstices physiques, architecturaux, mentaux…Il repeuple les quartiers, surprend le voisinage, étonne nos itinéraires, dessine de nouvelles perspectives à notre quotidien.

 Thème 2

Après ce désir de table rase incarné par le champ vierge de 2012, il nous faut repartir à la conquête de nouvelles lueurs d’espoir. Puisque rien ne nous sera donné…Autant se mettre nous-mêmes en quête de ce qui nourrira nos imaginaires. Préparons notre Arche de Noé…ou notre radeau de la méduse ?! Qu’emporterons-nous ? Qui sera là ? De quoi seraient t-ils fait ? Dans quelles eaux naviguerons-nous ? Que se passera t-il à bord ?

 Thème 3

Proposition libre. »

M’inspirant de ces différentes thématiques, j’ai conçu se développement :

À mon sens, la pratique théâtrale est, plus que n’importe qu’elle autre pratique artistique, une création totale de l’esprit et de l’imagination. Le théâtre contemporain et expérimentale le prouvent : il n’est même pas nécessaire d’avoir des décors, costumes et accessoires pour mettre en scène, raconter une histoire. Tout passe par le jeu des acteurs, et par l’acceptation, par le spectateur, de faire travailler son imagination. Le théâtre devient une création et un outil de la création. Ainsi, puisque les décors, accessoires et costumes sont supprimés (et donc des économies de faites), le seul détail qu’il reste est : trouver une scène où produire la pièce.

Et c’est là la force du théâtre de rue : comme son grand frère, le théâtre traditionnel, il n’est pas du tout nécessaire d’avoir des costumes et des décors pour raconter des histoires, il suffit juste des acteurs, bien évidement, et un coin où se produire : un bout de trottoir, un terrain vague, une façade, bref une petite bulle dans l’espace urbain. Ainsi, tout repose sur les acteurs et sur le lieu, sachant qu’une pièce peut être conçu pour n’importe quel coin de rue, ou un coin en particulier. Au final, alors qu’il est gratuit, le lieu choisi devient un élément clé du théâtre, un acteur à part entière.

De cette réflexion a découlé deux projets.

 

Premier projet : Fenêtre sur Rue

 

L’idée de ce projet est de mettre en scène, dans l’affiche, l’acteur oublié du théâtre de rue : la rue elle-même. Je présente la rue par la mise en scène d’une façade de maison : celle-ci n’est pas installé dans l’affiche, elle est l’affiche. Les fenêtres présentent dans l’affiche viennent créer un rythme et joue avec les blocs textes qui viennent s’intégrer à la façade, comme éléments de celle-ci.

L’idée, en mettant en scène ces fenêtres, est de renvoyer aux yeux, au regard : cette démarche permet de personnifier la façade en la présentant comme un visage. Ce visage est celui de l’acteur/rue qui est observé par le spectateur autant qu’il l’observe. L’idée de l’observation, de l’attention sont très présentent puisqu’on observe une pièce autant qu’on l’écoute, et encore plus quand celle-ci est épuré.

La rue est donc un acteur à part entière, aussi mystérieux et ingénieux que n’importe quel autre acteur : en étant un cadre de création encré dans la réalité, il remet en cause celle-ci. En tombant, au détour d’une rue, sur une pièce de théâtre, on s’interroge sur ce que l’on voit : est-ce que la réalité a finalement dérapée ? Cette affiche a comme ambition de reprendre cette idée de surprise : surprendre et intriguer le passant en l’accrochant avec son regard, qui est créé par les fenêtres. L’affiche transforme la réalité en la recyclant, comme le fait le théâtre de rue.

Second Projet : Ô Rillac

Cette seconde idée, bien qu’elle s’appuie sur mon raisonnement, part vraiment d’une envie personnelle : j’avais l’envie de créer une affiche typographique et moins illustrative. J’avais envie de me rapprocher un peu du théâtre classique, et j’avais en tête de jouer sur la sonorité “O” : remplacer le “AU” d’Aurillac par le “Ô” de la poésie et du théâtre. Ce “Ô” des grandes déclarations, des lettres d’amours et des héros tragiques qui déplorent leurs situation. Employer ce Ô pour rendre au théâtre de rue ces (ça) lettre(s) de noblesse, car il me semble souvent bien moins considérer que son grand frère, alors qu’il est tout aussi riche (voir plus?).

Bien évidement, je ne pouvais, pour des raisons de communication et de langue évidentes, inscrire “Ôrillac”. J’ai donc travailler sur la mise en scène du “Ô” seul, en le rattachant à mon raisonnement premier : puisque ce Ô a pour but de rendre ces lettres de noblesses au théatre de rue, il fallait que cette pratique théâtrale soit présente dans mon affiche. Toujours dans cette idée de rassembler la pratique du théâtre classique et celle du théâtre de rue, j’ai choisi de créer une lettre “enluminée” renvoyant à la rue, en travaillant sur une lettre de composition classique : plein et délié sont au rendez-vous, renvoyant aux typographies employé dans l’édition des grands classique de la littérature.

Les pleins sont creusé pour créer la lettre enluminée, mais au lieux d’y intégrer des arabesques, j’y intègre une la ville, son architecture. Ainsi, les deux pratiques théâtres sont rassemblés, la traditionnelle par la lettre traditionnelle, celle de la rue par la ville. De plus, l’architecture étant partie intégrante de la ville, il semble que l’ôde qu’entame la lettre O soit dédiée à la ville : en plus d’être la scène, elle devient un personnage, un enjeu du théâtre.

Par ailleurs, les bâtiments mis en scène n’ont pas été choisi au hasard : à gauche, l’on trouve de haut en bas, la musée des volcans, le théâtre d’Aurillac et la gare d’Aurillac.

Le premier a été choisi pour son aspect culturel (qui est un des enjeux qu’aborde le brief). Le second, pour son renvoie évident à la pratique théâtrale, qui ne se met pas en scène qu’une fois par an à Aurillac. Enfin, la gare pour l’idée de mouvement, de vie, mais aussi pour l’attrait du festival sur l’extérieur, le festival faisant venir énormément de monde à Aurillac, et pas uniquement des acteurs du monde du spectacle.

 

En face, dans la partie droite, on retrouve une architecture assez simple, lambda. Et c’est bien là son intérêt : elle renvoie au spectateur qui vient voir (symbolisé par la fenêtre), mais aussi aux habitants de la ville, qui vivent cette ville toute l’année et qui soutiennent le festival.